Les championnats du monde se sont terminés et on va essayer d’en faire un bilan, avec des observations et des remarques constructives. Bien sûr, tout cela reste un point de vue extérieur : je n’étais pas sur place, mais j’ai suivi les lives et les résultats.

POINTS POSITIFS
Il est important, déjà, de souligner que le Superball est la compétition qui réunit le plus de compétiteurs de l’année et se veut être le « rendez-vous annuel du freestyle football à ne pas manquer ».
Et réussir à organiser un tel événement tous les ans depuis maintenant une quinzaine d’années est exceptionnel. J’insiste sur ce point, car on a tendance à prendre cet événement pour acquis. Mais en tant qu’organisateur moi-même de plus petites compétitions, je sais à quel point il est difficile d’organiser une compétition de freestyle avec le peu d’exposition que ce sport a auprès du grand public.
Je sais que des organisateurs comme Lucaso ou Gaby y consacrent beaucoup de temps et d’énergie, et il faut les féliciter pour cela.
Une des critiques qui revenaient les années précédentes concernait la quasi-inexistence de prize pool pour les vainqueurs, ou encore des designs de trophées qui n’étaient pas toujours à la hauteur de l’événement. Ils ont corrigé cela cette année, avec des prize money et des trophées qui semblent tout à fait corrects.
Cela dit, il y a beaucoup de choses que j’ai à dire.
C’est parti.
LA PARTICIPATION
C’est probablement la chose la plus inquiétante à observer : une forte baisse de la participation ces dernières années.
En Battles, 112 participants chez les hommes et 22 chez les femmes.
Une baisse significative par rapport à l’an dernier, mais surtout une baisse de près de 40 % par rapport à il y a 2 ou 3 ans, lorsqu’il y avait 185 compétiteurs hommes et plus d’une trentaine chez les femmes.
Comment expliquer une telle baisse ?
Premièrement, le changement de lieu.
Historiquement, le Superball se tenait en République tchèque : au début à Liberec, puis à Prague, avant de revenir à Liberec.
C’était symbolique : on associait le Superball à ce pays. Les gens y avaient leurs habitudes et adoraient revenir y passer une semaine. De plus, la République tchèque est un pays relativement abordable financièrement, donc beaucoup de freestylers y trouvaient leur compte.
L’an dernier, l’événement a déménagé à Londres, où c’est tout le contraire : c’est une destination où il faut avoir un certain budget pour partir en vacances. Une baisse de la participation était donc assez logique.
Mais en choisissant les Pays-Bas, qui ont un coût de la vie moins élevé que le Royaume-Uni, on aurait dû observer une légère hausse de la participation. Or, ce n’était pas le cas.
Donc il se passe probablement autre chose.
Un désintérêt pour le football freestyle ? Une perte de compétiteurs au fil du temps ? C’est fort possible, surtout lorsqu’on observe également l’audience des lives.
À l’époque du Superball, avec ses 185 compétiteurs, on avait atteint un pic de 1 300 viewers lors de la finale.
Cette année, a-t-on dépassé ne serait-ce que les 700 viewers ?
Certains freestylers comme Momo (Luxembourg) ou Anto (Espagne) critiquent notamment le fait que les battles ne sont pas intéressants à leurs yeux car les compétiteurs répètent les mêmes gestes ou de légères variantes. Et cela contribue également à la baisse d'audience si même des freestylers passionnés y perdent de l'intérêt.
Sans parler de la faible participation dans les catégories Routines mais cela est un problème constant: comment être crédible s'il on a obtenu un titre ou un podium alors qu'il y avait que 4 participants (catégorie duo) bien que certaines shows étaient de haut standing comme celui de Jordan et Alexane qui ont remporté le titre.
UN CHANGEMENT GÉNÉRATIONNEL ?
Maintenant, venons-en à la compétition.
Le Néerlandais Abel l’a emporté chez les hommes. Une énorme surprise, alors que l’on avait l’impression, ces dernières années, qu’il serait très difficile de détrôner le numéro 1 mondial, Jesse. Qui plus est, chez lui à domicile !
Le multiple champion du monde n’est pas venu cette année avec un arsenal de nouveaux gestes, c'est ce qui a joué contre lui. Il a apporté quelques légères variantes, mais globalement, il a semblé avoir stagné, contrairement au jeune Néerlandais Abel, qui a tout simplement explosé en termes de progression.
Dans un style similaire à celui de Jesse, où l’on cherche à trouver des façons de faire rouler la balle sur son corps (rolling), les gestes d’Abel semblaient bien plus techniques que ceux de Jesse. C’est probablement ce qui a fait la différence.

Car en termes de performance pure, Abel n’a même pas eu besoin d’être à son « prime ». Son meilleur battle, il l’a réalisé contre un autre Néerlandais, Jonathan, en quart de finale.
Cette image, à elle seule, illustre un changement de génération qui semble être en train de s’opérer. De nouveaux freestylers — dans le sens où ils sont sur le devant de la scène depuis moins longtemps — comme Abel, Jonathan ou même notre français Ben semblent avoir les crocs et progresser à une vitesse folle.
À l’inverse, l’ancienne génération, représentée par Jesse, Tristan, Machine ou Jay, semble davantage rester sur leurs acquis et n’apportent plus autant de nouveautés capables de faire crier les spectateurs comme c’était le cas il y a quelques années.
QUEL AVENIR ?
Déjà, en termes de niveau et de style, il va être intéressant de voir comment tout cela va évoluer. Est-ce que la victoire d’Abel chez les hommes va encore plus pousser les freestylers à se tourner vers le rolling ?
Beaucoup de freestylers auraient à gagner à développer des styles et des approches différentes. C’était notamment très rafraîchissant de voir des freestylers comme Sombrero se hisser jusqu’en Top 16.
Et surtout, on entre dans une période où le podium du Superball ne sera plus verrouillé à l’avance — à moins que Jesse et Tristan reviennent avec de nouvelles armes et continuent de repousser leur niveau.
Concernant la participation, j’espère que cette baisse n’est pas une tendance et qu’il ne s’agit que d’un passage à vide. Le Superball semble en tout cas parti pour changer de lieu chaque année.
En termes d’organisation, si le niveau du livestream et d’autres aspects pouvaient encore être améliorés, cela contribuerait certainement à donner envie à davantage de personnes de suivre l’événement et, pourquoi pas, d’y participer.
Mais bien évidemment, je ne pense pas que l’envie manque. Ce sont les moyens financiers qui manquent.
Comme toujours.